Good Morning ain dzarit

  • : site de Ain dzarit عين دزاريت
  • site de Ain dzarit عين دزاريت
  • : Actualité
  • : Ce blog se veut modestement une fenêtre sur mon village Ain Dzarit. Mon espoir est que tous ceux qui ont une histoire avec ce village se manifestent et m'aident à l'enrichir
  • Partager ce blog
  • Retour à la page d'accueil

compteur

Website counter

Il est exactement

Calendrier

Mai 2012
L M M J V S D
  1 2 3 4 5 6
7 8 9 10 11 12 13
14 15 16 17 18 19 20
21 22 23 24 25 26 27
28 29 30 31      
<< < > >>

Rechercher

Images Aléatoires

  • PICT0008
  • 2
  • photo118
  • Photo362
  • DCAM0015
  • 4

belfedhal said

Jeudi 24 novembre 2011 4 24 /11 /Nov /2011 19:24

 

pixiz_said.jpg

 

          Permettez-moi en toute humilité de vous présenter un homme qui compte tellement pour moi et je l’espère pour vous aussi:

Comme en témoignent tous ceux qui l’ont côtoyé de près, c’est quelqu’un d’une simplicité désarmante et humble.

De contact et d’abord commodes, il gagne naturellement la sympathie des gens et sait la préserver dans le temps et dans l’espace : ses relations sont durables et de tout horizon. D’une mobilité étonnante, il est capable de sillonner le pays en toutes circonstances pour saluer des amis et discuter avec eux autour de thèmes variés et passionnants !

        Si vous voulez vraiment lui faire plaisir, invitez-le à prendre le thé à la menthe de l’après-midi accompagné de chaudes galettes aromatisées au sanouj, cuites au feu languissant d’une bonne vieille cheminée, le tout rehaussé de ce succulent « robb* » et attendez-vous à d’intarissables discussions tant sur le « profane que sur le sacré » ! Pour vous détendre, il irait jusqu’à vous raconter de burlesques anecdotes vécues dont il détient le secret et la manière de les narrer. Le coté « bon vivant » qu’il a, nul doute insoupçonnable pour beaucoup de gens parce qu’il le cache si bien, vous surprend et avec le temps vous vous rendez compte de votre carence à cerner les facettes encore inexplorées de ce personnage impromptu ! Modeste jusqu’à l’effacement, pudique tel un adolescent introverti découvrant ses premiers fantasmes, il n’a jamais voulu voir grand, se contentant de ce qui est à portée de main et tout consacré qu’il est au moment présent, s’est peu préoccupé de ce que sera demain !

Robb : une sorte de confiture préparée à base de beurre de brebis et de dattes.

         Sa disponibilité d’esprit fait de lui un homme de communication, son savoir, un homme apprécié et recherché. Sa maison désemplit rarement : il n’y a presque pas un jour qui passe sans qu’il y ait des invités rencontrés parfois au hasard d’une discussion ou d’une entrevue fortuite ! Et le moindre prétexte crée chez lui ce besoin de faire la fête, il aime bien s’entourer de gens et de victuailles. Cet homme adore partager avec les gens ce qui appartient à Dieu ! Plusieurs anecdotes sur lui m’ont été rapportées, je vous en confierai deux qui pourraient contribuer à mettre un peu de lumière sur ce personnage ombragé et fuyant.

          Du temps de l’occupation, alors que le soir tombait, lui et son frère aîné de retour au village en carrosse, ils ont été interceptés par un groupe de soldats français à la recherche de « fellagas », il commença à louer les mérites de la France et de son génie ! Cela leur valut leur libération. Une fois loin du barrage, son frère, manifestement en colère lui reprochait cette façon de se comporter et celui-là de lui lancer cette répartie : « Mon pays est dans mon essence, le reste n’est qu’apparence ! » Un peu plus tard, on découvrit que cet homme faisait partie du réseau qui s’activait à collecter de l’argent et des biens pour aider le front de résistance !

         Quant à la deuxième anecdote, elle est plus récente. Un notable du village qui avait organisé un somptueux déjeuner et l’ayant invité, lui demanda en fin de repas, d’invoquer le Seigneur à dessein de lui accorder ses grâces. La réplique ne se fit pas attendre : « Je le ferai volontiers pour un pauvre malheureux, quant à vous, contentez-vous de remercier le bon Dieu en distribuant un peu de sa richesse à ceux qui en manquent terriblement ! »

J’ai vécu vingt-sept ans de ma vie avec cet homme. Et bientôt vingt-quatre ans après qu’il eût rejoint l’Eternel, je reste toujours convaincu qu’il est demeuré pour moi une énigme. Loin de vous le cacher, bien que vivant tous les jours sous le même toit, il a fallu que je décèle des échos me parvenant de l’extérieur pour sonder la richesse intérieure qui le motivait ! C’est vous dire à quel point on peut passer à coté de ce qui vous côtoie, si près de l’essentiel ! Sans doute parce qu’il était naturellement là, le plus normalement du monde à faire son devoir de chef de famille et moi d’user de mon droit légitime d’être un enfant…Et entre temps le reste, tout le reste s’accomplissait imperceptiblement dehors ! Alors lui de son coté, pris dans l’engrenage des relations externes, abusivement sollicité, accaparé par tant d’égards, il s’est donné corps et âme à cet élan d’attente sociale ! Moi, pendant ce temps, comme tous les enfants qui grandissent, je mûrissais…mais encore insuffisamment prêt pour comprendre que la mission de cet homme devançait largement le seuil de sa maison et qu’ailleurs, il fallait qu’il portât secours à une humanité quoique savourant enfin les premières allégresses légitimes de l’indépendance mais en majorité encore sous le joug de l’ignorance et de l’obscurantisme.

           Beaucoup de choses scindées restaient à ressouder. D’innombrables insuffisances, héritées de l’histoire éprouvante d’un peuple lacéré par tant d’envahissements incisifs, se devaient d’être comblées afin d’accéder au droit du savoir et ainsi rendre justice à la connaissance en s’astreignant au devoir de connaître…En fait, il y avait trop de pain sur la planche ! J’embrassais alors, avec l’âge et la fierté toute contenue d’un fils envers son père, l’étendue de l’intérêt sacro-saint qu’il assignait à l’instruction et à la formation ! Et lorsque je le compris franchement, il me fut éventuel de mesurer la passion et l’emportement qui animaient cet homme, habituellement tranquille et serein !

On lui concède le mérite incontestable d’avoir laissé une œuvre indélébile, authentique legs qui se mesure au nombre de demandeurs de savoir venus par vagues incessantes le solliciter tout au long de sa vie ! Ai-je besoin, à présent, de vous dire à quel point je déplore mes nombreuses années d’égarements et d’errements pseudo-existentiels à la recherche d’une lueur illusoire et lointaine alors que la lumière était là, toute rayonnante, à ma portée ? Il me suffisait, afin de m’en imprégner, de tendre l’oreille…et la main pour l’intercepter de cet homme illuminé qu’était mon père !

 

Belfedhal Said

Professeur de langue française.

Article publié au journal « la voix d’oranie »en 2007

Publié dans : belfedhal said
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Mardi 22 novembre 2011 2 22 /11 /Nov /2011 18:47

 

said.jpg

 

   « Tout travail mérite salaire » c’est un droit – ce qu’on ne cesse de nous l’affirmer tout le temps – mais…de là à percevoir sa maigre pension en espèce sonnante et trébuchante, il vous faut passer par des épreuves sans lesquelles vous risquez avec certitude de rentrer chez vous, anéanti et sans le sou ! Une fois à la maison, vous vous surprenez  

souvent à remettre en cause tous les « bons principes » ingurgités à fortes doses par tant d’années d’instruction et d’éducation. Se sont-ils flétris eux aussi comme le bon vieux temps ? Faut-il s’en rappeler, l’on se faisait un plaisir de vous payer…à domicile même ! Avec le « merci » et le sourire en plus ! Ah, que ne donnerais-je pour revenir à la pratique des « vieux mandats » ! Autre époque, autres mœurs, me diriez-vous!… (Il me regardait, espérant sans doute un probable acquiescement)…Oui, je veux bien mais de grâce (toujours me regardant), réconfortez-moi ! Avec tous ces progrès, y a-t-il eu meilleures mœurs ? ( là, tout de suite pris au dépourvu, je n’avais pas de réponse à lui donner et à vrai dire il n’en attendait pas car je sentis qu’il était bel et bien parti pour une bien longue allocution !) Et votre colère, longtemps introvertie, vous la broyez, progressivement et contre vous-même, vous la retournez puis…les contraintes de toutes sortes accomplissant leur travail de sape en parachevant les derniers îlots de votre résistance, vous perdez lentement votre propre estime…Alors, un jour, le plus mauvais et le plus triste sans doute, baissant les bras, vous confiez votre destin, celui de vos enfants et votre paie aux « aléas d’un jeu forcené » en vous courbant à ses humiliantes épreuves :
1ère épreuve : Faites la « chaîne » quelqu’en soit la durée (des heures, des journées) sachant en plus d’un départ matinal, qu’il vous faut un corps d’hercule à l’ouverture des guichets pour se tailler la ou les première(s) place(s) et une super endurance morale pour arriver à bon port car le parcours est semé d’imprévus routiniers : Pas d’argent, panne d’ordinateur ! (Trop fier, trop délicat, « grande gueule », s’abstenir !)
2ème épreuve : Si ce qui précède ne vous convient pas, et à la condition de mettre entre parenthèses tout scrupule, alors, sans avoir froid aux yeux, ni à la tête ni au dos ni ailleurs, sans qu’aucun atome de pudeur ne vous retienne, faites ce qui vous semble expéditif. « Brûlez » la chaîne et soyez-en presque rassuré – à l’exception tout de même d’un hochement de tête et haussement de ton de quelque audacieux « chaînard » au sang anormalement chaud – Vous l’empocherez finalement, cette fichue paye, mais à quel prix ? Il faut avoir vendu son âme…Conséquence intrinsèque : la chaîne s’échine et se « déchaîne » (dans les deux sens !)  Ce qui explique sans le justifier ce cas de figure.
3ème épreuve : Si aucune des deux épreuves ne vous sied parce que la chaîne vous enchaîne et la « griller » vous gêne, par cette troisième, avec un peu de « veine » et un précieux « lien », tirez-vous de ce pétrin ! Et c’n'est pas rien, admirez-moi cette prestation à saisir ses relations ! Au vol, à plat ventre, en apnée, à l’arraché, à coups de « lamento », de mises en scène, en venir « au malade imaginaire », au pire s’il le faut et qu’en sais-je encore ? Pas de répit, pas de paix pour la bonne cause ! Aussi, le spectre d’investigation est large, à vous de miser sur le « tuyau salvateur » : Cela s’étend du simple agent au plus complexe responsable ! Sinon…tel « l’aigle baissant sa tête »…en piètre philosophe, en faux sage, en donneur de sermons, la rage au cœur, confiez votre frêle corps, avec l’énergie du désespoir qui en reste, à l’épreuve (1), celle du parcours du combattant et dégoulinez-vous de patience car il vous en faudra beaucoup ! (C’est d’ailleurs l’épreuve où se côtoient en gros deux catégories : la plus large, celle des « bras cassés sans épaules », et la plus bizarre parce que rare et en voie d’extinction par défaut de « candidature », celle des gens de caractère qui aiment leur souveraineté par respect à leur humanité, même au prix d’exclusion et de marginalité !).  A méditer !
4ème épreuve : Répandue pour son pragmatisme concluant, loin d’être la solution, cette épreuve est la plus dévalorisante, la plus abjecte, la plus destructrice qui soit car elle vous érode, vous délabre, vous avilit de l’intérieur ! Elle vous met en condition de dépendance et en pareil cas, vous n’avez plus le droit de parler de justice et de droit. Vous êtes en défaut, car ce qui vous revient de droit, vous l’avez souillé en le négociant, en l’achetant sachant qu’on vous remet seulement ce que vous gagnez à la sueur de votre front ! Et en citoyen bien poli un « merci » aurait largement suffi ! Protéger ses droits est certainement la meilleure chose que puisse faire un homme normalement constitué. Personne ne le fera à votre place. Tout d’abord, avec du recul et du détachement, prenez beaucoup de souffle et commencez par donner un peu de considération à votre individualité et à ce qui vous appartient ! Ensuite, tous les points bien mis sur les « j », sur les « i » et les barres sur les « t » aussi, revendiquez vos droits bafoués et eux (pas tous, Dieu merci !) sinon la plupart qui sont derrière les guichets, sont tenus de s’acquitter enfin de leurs devoirs ! Ce n’est pas l’inverse !
Depuis la nuit des temps, de l’homme le plus primaire à celui qui nous ébahit aujourd’hui, un réflexe simple mais vital, civilisateur, lui a permis de réaliser de considérables progrès. Condensé en trois mots, le secret de cette émancipation que nous envions tellement aux autres, donne cette phrase simple mais en or : Faire son boulot ! Est-ce un miracle que de faire son travail ? On devrait là, remettre sur sa tête, la notion érigée en début pour réhabiliter le mot ultime : « tout salaire mérite travail ». Il nous importe d’être capables de mériter un travail, le salaire n’étant que le moyen d’y parvenir. La fin est dans l’œuvre d’abord accomplie, seul garant d’une réelle émulation ! Serait-ce trop demander si l’on devait retourner au banc de « l’école de la civilité » et réapprendre sans complexe aucun l’abécédaire du comportement en société, du respect de la citoyenneté, du sens de l’urbanité, du devoir, du droit, du labeur, qu’aucun diplôme si prestigieux soit-il ne pourra nous en faire bénéficier ?
Nous devons et sans plus tarder, dos à dos nous ressourcer auprès de nos bonnes vieilles racines, jadis universelles… 

 

Belfedhal Said

Professeur de langue française

 


Publié dans : belfedhal said
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Lundi 21 novembre 2011 1 21 /11 /Nov /2011 20:22

 

said belf «  …Vous rendre hommage était un minimum….en espérant faire mieux ! Camarades et amis de classes, d’écoles et de collèges, n’attendez pas demain – il sera sans doute trop tard – pour réhabiliter ces hommes ! «   


                   Deux ans après l’indépendance, j’ai eu le bonheur et la chance de tomber sur un maître d’école assez exceptionnel. Mr K M était si jeune que je le comparais plus tard à cet ingénu précepteur qu’Emma Bovary, anxieuse pour son fils, reçut un jour à sa porte ! Immense fut son ébahissement car elle ne cessait de penser que ce serait sûrement

un rude monsieur au crâne déblayé, à lunettes épaisses encollées contre un vilain nez que supporte assez mal une figure usée ! Le destin de Mme Bovary dont vous savez peut- être le parcours ne fut pas le mien…J’avais en face de moi un enseignant avec beaucoup de conscience. J’hérite de lui mon goût pour la lecture : Il ne se lassait jamais de nous lire en chaque fin de leçon une histoire. Quand il feuilletait ce papier noble, se dégageait alors de ses pages cuivrées une insaisissable odeur qui fait remonter le temps. J’étais toute ouïe et j’écoutais le déploiement d’une multitude de confidences surgies d’époques aventureuses. J’en gobais chaque mot, avalais sans retenue chaque expression, en dégustais les contours métaphoriques et mon envoûtement pour les lettres comme une boulimie permanente s’empirait de jour en jour. Ma lecture était farouche et gloutonne. Tout faisait ventre : les livres sérieux, les séries noires, les romans d’amour, les illustrés, jusqu’aux restes de journaux abandonnés sur un banc public ou traqués dans la rue par le vent ! Souvent il m’arrivait d’entamer plusieurs livres mais que je ne terminais pas toujours ! J’avais surtout une préférence pour les intrigues embrouillées et les histoires drôles…        

                « C’est le récit banal d’un tricycle à moteur acheté par une famille de faubourg pour leur grand-père dont le déplacement devenait éprouvant. Mr Benoît se présenta chez le vendeur, celui-ci lui montra la petite merveille et le vieux en fut tout de suite charmé. Le marchand sans faire de démonstration pratique expliqua à l’acheteur son mode de fonctionnement : « Le bouton que tu vois là, c’est le démarreur, tu appuies dessus et c’est parti ! » Le vieillard haussait la tête pendant que le vendeur louait les vertus du tricycle ! Il l’aida enfin à monter. L’octogénaire appuya sur le démarreur. La machine partit en cascade ! Le vieux jouissait encore de quelques miettes de réflexes aussi pour épater le vendeur le salua-t-il de la main ! Il fit un large tour mais au lieu de s’arrêter, il passa comme une trombe devant la boutique ! Au tour suivant, la même chose. On sentait bien qu’à chaque retour, Mr Benoît tentait de dire quelque chose, seulement ses propos se perdaient dans le vrombissement sonore de ce diable d’engin qui ne s’arrêtait plus. Le temps s’écoulait. Le spectacle au départ, si bon enfant s’entachait à présent de crainte et d’angoisse : on avait peur pour le grand-père. Il ne maîtrisait plus rien et l’infernale machine faisait tourner sa vie en rond ! Le vieillard perdait de sa superbe à chaque réapparition et à peine avait-il encore la vigueur d’agiter la main en signe de détresse qu’il repartait ! L’on attendait un éventuel retour du malheureux cycliste mais ce coup-ci, il ne revint pas. Toute la foule se déplaça comme un seul homme à la recherche de cet homme emporté par la mécanique ! On les trouva immobilisés plus loin quelque part, lui non encore remis de ses frayeurs, le visage livide et accablé et elle, incendiée et fumante avec les spasmes d’un moteur en agonie. Il les regardait avec l’air de quelqu’un ayant raté quelque chose ! Retrouvant ses esprits, Mr Benoît expliqua au vendeur l’omission fatale : Il avait démarré l’engin sans savoir comment le faire arrêter ! » Quatre heures sonnant, le maître ferma son livre et nous sortîmes de la classe. L’aventure du « tricycle endiablé » est toujours bien ancrée dans ma tête…            

               Je vous raconte une autre ? Allez, encore une autre ! Celle-là promet du suspense ! Elle se déroule en Calabre, une région située au fond de la botte italienne. « Un Français et son jeune accompagnateur se sont égarés et ne retrouvent plus leur chemin. Ils rencontrent un couple de charbonniers qui rentraient chez eux tout noirs. Les prenant pour des hommes de couleur, ils demandent l’hospitalité car il va faire nuit et ils n’ont pas où aller. Il faut savoir que c’est une période trouble où Français et Italiens ne s’entendaient pas bien. Après avoir soupé, on leur fit monter une échelle et on les installa dans une espèce d’alcôve pour passer la nuit. Le jeune, à peine assoupi, ronflait déjà mais le Français, lui n’était pas serein. Il venait non seulement de se rendre compte de l’allure bien romaine de leurs protecteurs mais en plus de remarquer la présence d’armes accrochées au mur. Il s’étendit sur le paillasson sans fermer l’œil. A un certain moment, parvenant d’en bas, il entendit nettement ce que le mari disait à sa femme : « Faut-il les tuer tous les deux ? » Des sueurs froides parcoururent le corps du Français alors qu’il regardait son voisin dormir du sommeil du juste, la tête renversée et la gorge toute exhibée ! Un bruit de pas venait vers lui. Le mari montait l’échelle, un grand couteau à la main. Le Français s’empara lui aussi du sien et attendit. Il perçut le bruit sec de quelque chose qu’on tranche puis les pas s’éloignèrent dans le silence de la nuit. Le lendemain matin, l’étranger et son compagnon dégustèrent au déjeuner un chapon et sur la table, bien emballé dans un panier, il y avait un deuxième coq châtré livré aux deux égarés pour le repas de route. » Je vous laisse le soin du commentaire…           

         Mr K.M, mon maître d’école que j’ai plaisir à croiser encore, est en retraite. Sa mémoire est phénoménale, souvent et avec beaucoup d’émotion, il me parle de ma classe de cours moyen 1 et me rappelle jusqu’au moindre détail le comportement saugrenu de tel élève ou la sottise insolite de tel autre ! Et nous en rigolons de bon cœur ! Je suis content au fond de moi, content d’avoir encore le temps de remercier mon maître pour ce qu’il a fait de moi, de nous… 

Mais lui, qu’est-il devenu aujourd’hui ? 

            (Lâchés spontanément, voilà mon cher maître ces quelques mots bien que venant du cœur mais que je sais trop insuffisants pour témoigner de votre rigueur et de votre abnégation dans le travail. Vous fûtes, avec d’autres bien sûr, les défricheurs  qui ont fait germer dans nos têtes ces quelques semences du savoir….Vous rendre hommage était un minimum….en espérant faire mieux ! Camarades et amis de classes, d’écoles et de collèges, n’attendez pas demain – il sera sans doute trop tard – pour réhabiliter ces hommes ! )   

 

Belfedhal Said

professeur de langue française


Publié dans : belfedhal said
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires
Lundi 21 novembre 2011 1 21 /11 /Nov /2011 18:20

said-belf.jpg   

 

     La prime jeunesse a passé. Je me trouvais tout a fait incidemment au 1er

Collège au milieu des petits français, parce que notre père portait sur l’instruction et la

connaissance ,grâce a l’appui d’un ami qui avait ses entrées un peu partout, nous en avait assuré la scolarité . Mais nos études furent interrompues en raison de divers déplacements liés a la situation du moment (1958-1959).mes deux frères et moi même allions nous retrouver, cantonnés à Nadhora (souk el roumia) ,une bourgade peuplée d’une centaine d’habitants , situés à l’est de Sougueur en allant sur Ain Dzarit ,une déviation en profondeur vers le sud nous fait quitter le goudron laissant place à une piste ennuyeuse et rocailleuse….au bout du périple , une éolienne surgit de ce site lunaire , sa roue en mouvement , nous remet enfin une empreinte de vie: un petit hameau s’y dévoile

violenté de vents pénétrants.          

Même aujourd’hui, les rares fois que j’ai l’occasion de prendre cette route, je me plais a méditer

Du regard jusqu’à le perdre de vue ce détour indéfectible qui mène là-bas où le ciel et la terre se

touchent, vers les djebels, recollant en moi les ultimes fragments de mes beaux souvenirs d’enfant

qui prennent instantanément forme et taraudent mes pensées! Je n’y suis jamais retourné, mais je

revois encore notre maison et sa cour extérieure et en face une grande allée plantée d’arbres, une

aire propice a nos nombreux jeux.

     Toute l’école à quelques mètres seulement de notre habitation, se réduisait à une seule et

même salle rassemblant une poignée d’élèves répartis en trois niveaux notre maître nous mettait en

rang puis deux par deux nous faisait rentrer en classe. Là, en ce lieu, le temps n’a plus la même

dimension ni aucune prise sur cet espace de bois, de livres et de cahiers. Le réel cède le pas au

fabuleux qui nous mène a travers un univers sans issue.

                Le tableau noir se bourre de mille mots séducteurs et souvent insaisissables. La voix du

maître rassurante, source autoritaire et savante fait rayonner dans nos esprits remplis d’incertitude

la lumière du savoir. Ici j’ai envie sous le sceau du secret de partager avec vous un vieil incident que

 J’ai traîné longtemps comme un boulet de canon mais n’en soufflez pas un mot! Entre parenthèses

C’est de vous a moi !

                   J’étais le benjamin de mes frères et tous les trois, par la force des faits, nous nous trouvions

 au même rang, monsieur ch…., notre maître d’école dut s’interroger sur ma présence au milieu de ces

 grands gaillards, mes deux frères s’empressèrent sans aucune réticence,à recommander au maître de

me recaler en classe préparatoire, et c’est ce qu’il fit en m’ordonnant de m’asseoir dans la rangée des

 Débutants! Une simple manœuvre et je dis adieu à deux années de mon pénible actif scolaire! Grâce

à eux, je me retrouvais don à la case de départ! Il serait inconvenant, moi le petit (tom le pouce) de faire partie de la cour des grands! Je devenais donc par ce décalage de niveau l’élève le plus âgé de ma rangée! C’était déjà ça!d’ailleurs, il en sera ainsi durant tous les cycles scolaires: le vétéran sinon l’un des plus vieux dans toutes les promotions que j’ai fréquentées

 

Notre vie s’écoulait paisiblement entre les jeux et l’école et si l’on avait demandé mon avis, j’aurais sans ambiguïté choisie de finir toute ma vie dans ce minuscule faubourg, enfui discrètement au milieu des monts de Goujila

La guerre était la, toujours présente même si on essayait de nous la cacher en nous entourant de milles attentions rassurantes. Sans doute parce que pour les parents, les enfants en principe non concernés, devaient en être épargnés ! Seulement, la guerre comme la mort est une grande faucheuse. Elle ne choisit pas, amblyope, ne discerne rien est pareille a une trombe, emporte tout ce qu’elle trouve sur son passage ! Certains férus d’espace et de mégalomanie la décident et d’autres la font ! Ceux qu’on tue ne sont pas toujours forcément ceux qu’il faut tuer !la guerre n’entraîne pas uniquement la mort physique. Pire encore et bien avant, elle vous à déjà tué de l’intérieur, infectant votre conscience comme le ferait une opinion sélective

Elle brise dans son élan la joie qui vous emplit le cœur dés que vous rencontrez le regard candide d’un enfant étranger

Elle efface le sourire affable qui illumine habituellement votre visage quand vous côtoyez ce camarade dont vous commencez à peine à préciser la conversation. Elle suscite la peur et sème le doute chez ces petites âmes qui ne demandent qu’à vivre sans restrictions ni discriminations. Elle ensemence dans votre cœur les germes futurs de la haine et du mépris, vous endurcit et ranime en vous la bête primitive qui somnole. Vous apprenez avec le temps à devenir quelqu’un qui dévaste et ôte la vie, a violer ce qu’il y a de plus beau chez un enfant : son regard vierge et candide posé sur l’existence et sur le monde ! Sa curiosité et son besoin de « créer des liens ». Tous les enfants de la terre sont prédestinés à aimer la vie, à s’amuser sans démarcations et sans privations. a vivre en paix !a vivre leur enfance ! Que dire à notre époque de ses petits africains de treize ans, soldats engagés malgré eux dans un « combat adulte  » qui manipulent des armes fatales, très lourde à soutenir sur leur frêle carrure et sur leur molle conscience

Ces réflexions sur la guerre ramènent à mon esprit cette éloquente citation de jean Rostand: »on tue un homme, on est un assassin, on tue de milliers d’hommes, on est un conquérant. On les tue tous, on est un dieu » les dieux de la guerre n’ont pas d’humanité la guerre est le pire cauchemar des enfants, leur bête noire .une endémie qui dissèque les familles, y sème la dissension et fabrique des veuves et des orphelins en série

La « culture de la guerre » c’est aussi ça …surtout ça : vous vous trouvez dans des situations extrêmes ou vous devez faire des choix pénibles !je mythifiais un peu trop la condition humaine

J’avais beau penser qu’à force de volonté l’Ange sur le Diable finirait par l’emporter seulement l’histoire des hommes m’enseigna que des civilisations entières se fondèrent par le sabre, à l’épée et sous les boulets de canons ! D’autre suivirent et périrent ensuite avec d’autres armes. Les croyances , les frontières, les nationalités ,les races, les cultures, le désir de s’octroyer l’espace enrégimentent des peuples entiers .mais aurait-on ,de part et d’autre ,le droit pour les faire prévaloir de tuer de millions d’hommes ?n’y aurait-il pas d’autres conduites dignes de pacifier les relations humaines ? La guerre est depuis la nuit des temps une machination qui décrète le monde! Elle fait peau neuve à longueur de siècles mais ses dessins n’ont pas chancelé d’un iota…

Je ne savais pas commencer me l’expliquer mais une bonne partie de ma prime scolarité s’affecta d’un personnage insolite que je découvris à la lecture de mon tout premier roman relatant l’histoire extraordinaire d’un pantin nommé « pinnochio ». Khaled qui raflait tous les livres en fin d’année l’avait reçu comme prix. Bien illustré et agréablement calligraphiée, l’aventure fantastique de cet « être de bois » m’avait vraiment marqué ! A certains moments, je ne parvenais plus à distinguer le tangible du fabuleux

 

Ce pantin se substituait à moi .mieux il était moi! Tantôt, il me faisait de la peine, tantôt je le trouvais odieux et paresseux .on me disait si tu mentais, ton nez se rallongerait! Et souvent dans ce cas de figure, j’examinais sans cesse les proéminences de mon nez

Je venais de contracter le complexe de « Pinocchio »

Ce livre de cheval m’a permis d’appréhender certaines énigmes dans le comportement humain. a force de détermination et de constance on peut évoluer vers le bien .Pinocchio est devenu au bout de son périple un joli garçon en chair et en os, grâce a sa bonne conduite. Je me demandais en ce temps pourquoi les adultes qui m’entouraient – ces va-t-en guerre déjà bien en chair et en os ! Ne parvenaient-ils eux à devenir de gentils hommes ? Pourquoi se tiraient-ils des balles alors qu’y avait de la place pour tout le monde sur la Terre de Dieu ?hélas, Pinocchio avec tout son bel enseignant n’avait pu mettre fin à la guerre et à la violence .il restait impuissant devant mon équation ontologique, devant mon effroi face a la hantise des êtres humains ! Ah;( et je me surprenais a le dire) si j’avais cette faculté de les convertir en pantins !je mettrais à contribution tout ce beau monde au sort de Pinocchio car j’étais persuadé que « devenir un homme de chair et de sang » se méritait.

 

Belfedhal Said

Professeur de lettre française.

 

NB:Said est le frère de Abderrahmane Belfedhal

 

 

Publié dans : belfedhal said
Ecrire un commentaire - Voir les 2 commentaires
 
Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés