Dédie à tous les enfants des havres de paix.
Dédie à toutes ces plumes qui m’ont réchauffé le cœur à un moment ou la neige
dans sa blancheur écarlate nous invite à reprendre confiance et espoir.
Merci si laid, chevalier de la plume.
Merci si Ahmed, nostalgique et adepte de la bonne heure.
Merci si Tahar el kalam el jawal.
Merci si Kaouel, notre prof.
Merci si Driss, le talentueux cliquetis pour votre détermination à parcourir les
sillons, scrutant le ciel, guettant une larme de la providence.
Chaque village retient en mémoire le nom de son coiffeur.
Chaque âge enfantin garde dans le recueil des nuits et des jours l’éclat de son
premier mouniou .
Mon village, ô village des sentiers battus et si je te demande encore une fois
de rehausser le blason des longues veillées auprès des cheminées, bercées par la complainte des vents, propulsant en douce les aromes de la belle époque.
Une époque, un âge enfantin et voila l’une des plus belles romances qui nous
revient portant sur ses ailes la simplicité qui avait tant charmé ce bon vieux temps.
Illustre coiffeur, bonjour.
En ces temps là il n’existait que trois modèles de haute
coiffure :
La coupe, La brosse Et enfin celle qui devait s’attribuer plus tard le nom
d’artiste et même plus une référence historique : goujak et tarass boulba .
Le coiffeur de nos jours vous surprend par le seul énoncé du type de coiffure à
adopter .
Honorables clients nous disposons d’un matériel rénové et nous sommes à votre
entière disposition pour vous embellir.
Le menu est varié et comporte selon les gouts et les préférences un certain
nombre de choix.
Nous avons la coupe classique, la coupe dégradée, la bande, la bande courte, la
casquette, la coupe militaire, les marine’s ect… ect
Du coté de la brosse, nous disposons d’un matériel adéquat, roulant en entier
sur l’énergie électrique.
La tondeuse est réglée suivant des crans a niveaux
variables.
D’un pouce elle empruntera le chemin approprié de façon efficace et sans aucune
retenue.
A l’époque de si hmida et a l’instar de tous les si hmida de la vieille romance,
la tondeuse manuelle s’arrêtait le plus souvent à mi-chemin pour huiler ces dents capricieuses qui prenaient un malin plaisir à s’accrocher à un cheveu
entêté et très attaché à sa réserve.
En dépit des signaux largues par le client, si hmida calme, sobre et serein,
bien à l’aise ne se gênait point.
Honorables clients, nous attirons votre aimable attention que les choses ont
nettement évolué au niveau de la dissection et la répartition des bribes de cheveux. Les choses ont un look de grande jeunesse.
La boule à zéro, loin de rester rigide et kalbo, elle s’est fait un
nom.
Elle évoque de la fantaisie.
Au temps de si hmida la tondeuse manuelle était réglée selon un cran
unique.
Encouragée par le pousse pousse et la hardiesse des doigts, elle suivait son
chemin le plus normalement du monde, provoquant de temps à autre de petits sursauts. Le client, habitué, voyait en ce tour de manivelle un signe et une volonté de bonne
œuvre.
Honorables clients nous disposons de la boula un, de la boula deux et enfin de
la boula trois. Ainsi va la vie, de quoi laisser pantois l’adepte de la tahfifa ayam zamane.
Du temps de si hmida l’arsenal utilisé était fort simple mais combien mécanisé
par rapport à notre vision sur les choses qui nous entouraient.
En son état, il était composé de tondeuse manuelle, de paires de ciseaux, de
lames gilette soigneusement coffrées dans de petites boites reflétant le portait d’un personnage à l’allure élégante et imposante. Il portait des moustaches taillées dans une perspicacité de haut
standing.
En relief un grand navire sillonnait les hautes mers. Le message est clair et
sans ambigu : avoir la force de disséquer un poil depuis sa racine.
Le petit salon de si hmida dégageait la fraicheur de l’eau de Cologne et surtout
cette agréable poudre qui, par les doigts subtils vous tamponne la nuque pour quelques secondes mais laissant sur place une profonde sensation de printemps.
Le client retardataire ayant opté pour une belle coupe se contentera toute fois
d’une simple touche de punto.
Le tube à force d’être pressé n’est plus qu’un tout petit bout de
tube.
Un semblant de lueur mieux que rien.
La musique par contre ne manquait pas. Le tissef relié à un ressort en
spirale accroché au plus haut niveau du plafond, en dépit d’une réception en dents de scie, arrivait tant bien que mal à saisir au vol les ondes magiques.
Si hmida tenant par une main la paire de ciseaux, le peigne de l’autre semait au
vent les restes ultimes d’une chevelure autre fois en liesse . Dans une marche victorieuse, la tondeuse se frayait un passage forcé parmi les cheveux qui, au fil des heures, s’entassaient
sur un sol savamment arrosé au grésil noir. Formant de petites dunes, les bribes de cheveux baignaient dans le gris, le blanc et le noir. Signe des âges en passage.
Une glace de moyenne dimension fixée sur le mur porteur du comptoir ajustait au
mieux les gestes augustes du coiffeur.
Sur une table basse, un bastos bleu grillait à petites
étincelles.
Une boite d’allumettes à moitie entrouverte servait de
cendrier.
Défiant le vieil adage qui reprochait aux coiffeurs d’être de grands
bavards si hmida dialoguait rarement avec le client.
Usant de la main, il orientait le facies du client vers telle ou telle autre
position donnant libre cours a sa machine de faire le reste.
Durant les grandes fêtes et la rentrée scolaire, le petit salon
faisait preuve d’une très grande audience. Dans toutes les situations il était égal a lui-même .
Pour nos parents, la brosse tenait une place de choix. Elle est économique et
les cheveux mettront un peu plus de temps pour réapparaitre de nouveau sur scène.
En pareille occasion, si hmida doublait la vitesse s’appuyant largement sur une
oreille sourde, fonctionnant à merveille
Les tics et les aïs faisaient partie du décor.
En quittant le petit salon on aura payé cinquante
centimes.
Si hmida visiblement satisfait disait presque en silence :
sahit.
Mon village, ô village des sentiers battus, je ne cesserais jamais de te prier
pour endosser le blason d’il était une fois, car dans tes pages jaunies par le temps repose en douceur la grandeur de l’âme.
BELFEDHAL ABDERRAHMANE
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